Revue de Presse : Alfred, retraité : « J’ai travaillé pendant plus de 40 ans, j’ai autre chose à faire que tendre la main »

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, les retraités ont multiplié les mobilisations pour exiger une revalorisation de leurs pensions. Comme Alfred, que notre journaliste Maxime Debs a pu rencontrer, ils sont nombreux à avoir constaté une baisse drastique de leur pouvoir d’achat.

Quand Alfred* prend sa retraite en juillet 2007, après plus 40 ans de carrière dans le secteur commercial, il perçoit une pension mensuelle de 676 euros et 56 centimes.

Près de douze ans plus tard, la somme reçue chaque mois par sa caisse de retraite est restée quasiment identique : « En douze ans, j’ai vu une augmentation de 50,66 euros (quand le salaire minimum, lui, a augmenté de plus de 200 euros sur la même période, ndlr). Vous êtes obligés de vous priver sur plein de choses, vous regardez tout, vous cherchez à acheter au moins cher ».

« Le smic, qui est quand même le plus petit salaire qui puisse exister, a augmenté quatre fois plus que ma retraite ! Si le smic est un salaire de pauvre, qu’est-ce que je suis, moi ? »

Cette différence de traitement pèse lourd pour le retraité et lui semble encore plus inéquitable face à la suppression de l’impôt sur la fortune, remplacée par un impôt sur la fortune immobilière, et la flat tax, par exemple : « Si vous retirez un million à un milliardaire, il ne va pas être content parce qu’il pourra acheter un appartement de moins ou une voiture de moins. Quand vous retirez à une personne qui a une petite retraite, c’est pas du luxe que vous lui retirez ! Ce sont des choses alimentaires, nécessaires… »

« Si à la fin du mois, j’ai 3,52 euros d’augmentation, je vais me dire que Macron me prend pour un con »

Au chef de l’État qui devrait annoncer une revalorisation des retraites, Alfred lance un avertissement : « Ce qui m’importe, ce sont les chiffres. Si à la fin du mois, je vois que j’ai 3,52 euros d’augmentation, je dis ‘il me prend pour un con, Macron’, même si ça fait un certain pourcentage. Si j’ai 30 euros dans le mois, je me dirais ‘Tiens, voilà un homme intelligent’. Si j’ai 300 euros, je lui embrasse les pieds ! »

Parce qu’un coup de pouce d’un ou deux points ne suffirait pas, calcule-t-il, à compenser l’inflation :« Si vous aviez 100 euros en 2007, il est certain qu’en 2012, avec la même somme, vous n’achetez pas la même chose. Si vous achetez une baguette en 2007, vous en achetez juste une part pour faire un sandwich aujourd’hui. Moi je réclame simplement de pouvoir racheter une baguette ! »

Pour compenser l’absence de valorisation de sa retraite, Alfred se débrouille pour trouver des petits boulots auprès de son entourage, qui lui permettent de retrouver un peu de pouvoir d’achat. Une forme « d’aumône » qui abîme fortement sa dignité : « C’est pas en me déguisant encore en maçon, ou en peintre ou en bricoleur que je voyais ma retraite, déplore-t-il. J’ai travaillé pendant plus de 40 ans, j’ai autre chose à faire que de tendre la main. » 

*Le prénom a été changé

https://www.franceinter.fr/economie/alfred-retraite-j-ai-travaille-pendant-plus-de-40-ans-j-ai-autre-chose-a-faire-que-tendre-la-main?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR2HuO_R10JaYewXlKrcEd_ryV53dp7DCGbNyHUSz-K-AstZ8ciAdRS3qA4#Echobox=1555912754

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