Adrexho ( distribution de publicité, filiale de Ouest France ) : Récit d’une débâcle

L’année 2016 pourrait sonner le glas du groupe de presse gratuite Spir Communication. La filiale de Ouest France dévisse – et pas seulement en Bourse – depuis plus de cinq ans, faute d’avoir fait les bons choix

Spir Communication vit-il ses dernières heures ? Cela y ressemble. Le groupe, coté sur le marché Euronext, a lui-même annoncé le 6 avril qu’il souhaitait céder ses principaux actifs : Adrexo et Regicom. Représentant plus de 60 % des recettes de Spir, le premier opérateur privé de distribution d’imprimés est un gouffre financier. Adrexo, qui s’était positionné sur l’ouverture du marché du courrier au secteur privé en 2006, n’a jamais réussi son pari face à La Poste. Non seulement, l’entreprise publique a conservé ses prébendes sur le courrier, mais encore, elle concurrence Adrexo sur son cœur de métier : la distribution de prospectus. En s’appuyant sur ses facteurs, Mediapost, filiale à 100 % de La Poste, peut afficher des tarifs très inférieurs à ceux d’Adrexo, notamment dans les zones du territoire faiblement peuplées. «Entre 30 % et 40 % à la baisse», souffle une source interne au sein du groupe basé à Aix-en-Provence.

Malgré ce dumping, fustigé depuis des années par ses dirigeants, Adrexo pourrait intéresser l’un de ses anciens DG, Frédéric Pons, appuyé par le fonds d’investissement de Philippe Léoni, le créateur de Spir Communication en 1989. A condition de baisser drastiquement les effectifs (22 000 distributeurs).

Joint-venture. Regicom, l’éditeur de l’hebdomadaire gratuit Top annonces, n’est pas mieux loti. Il a partiellement raté sa mutation sur le web, désormais trusté par leboncoin.fr et seloger.com pour ce qui concerne le marché des petites annonces. Ironie tragique de l’affaire, Spir Communication a fondé en 2006 en joint-venture avec le Norvégien Schibsted, avant de revendre en 2010 ses 50 % à son partenaire pour 400 millions d’euros.

Ce manque de vision stratégique de Ouest France, accaparé à boucher les trous d’une exploitation de sa filiale de gratuits encore largement basée sur le print, constitue l’une des erreurs majeures de la maison mère de Spir. Le groupe de presse rennais se mord maintenant les doigts d’avoir lâché sa pépite et, d’après la plupart des experts du marché des petites annonces, n’aurait pas d’autre choix que de démanteler son immense foyer de pertes (60 millions d’euros en 2015).

A côté d’Adrexo et de Regicom, dont Spir essaye de se débarrasser, le groupe espérerait enfin valoriser auprès d’investisseurs extérieurs les quelques actifs profitables qui lui restent. Il s’agit notamment de la marque Logic-Immo qui a réussi sa transformation sur le numérique. Sa société éditrice, Concept multimédia, est profitable. Enfin, Spir Communication détient encore 39 % de La Centrale.fr (Car & Boat media). Il pourrait en tirer une soixantaine de millions d’euros auprès de l’actionnaire majoritaire, le groupe allemand Axel Springer.

De Spir Communication qui a pesé 580 millions d’euros il y a dix ans, il ne devrait rester que des miettes fin 2016. Le groupe Hersant Médias avait montré l’exemple en 2012 avec Comareg, disparu corps et biens, faute lui aussi d’avoir su faire évoluer le modèle de Paru Vendu.

 http://www.lopinion.fr/edition/economie/spir-communication-recit-d-debacle-101997
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